Délégationde Nouvelle-Calédonie

« On est là pour leur donner du bonheur ! »

Ainsi s’exprime Christiane Bernut, présidente de l’Association des parents et amis du foyer.

Tous les mardis, une dizaine de résidents du foyer Reznik de Nouville (à Nouméa) peignent, enfilent des perles ou réalisent des tableaux de sable. Une demi-douzaine de bénévoles les guident pour les gestes précis que freine leur handicap, mais aussi pour un conseil, une idée, ou simplement, pour leur tendre le matériel adéquat. Trois bénévoles du Secours Catholique témoignent de cette expérience.

« On est là pour leur donner du bonheur ! »

Le sourire de Clara

Un peu timide, seule devant notre porte, Clara est apparue un jour… Est-ce un elfe, une fée, un ange ? En tous cas, elle a un bien joli sourire… « Je viens pour aider si je peux car je suis en vacances, mais je ne sais pas si c’est possible… » Et comment ! Merci Clara ! Direction, le foyer Reznik, où nous lui présentons Bibi qui, coincée dans son fauteuil roulant, peint de jolis tableaux… avec son pied gauche. « Au début, c’est impressionnant, mais l’on s’y fait très vite, et Bibi est si contente, à chaque fois. D’après son modèle, elle me montre la partie du tableau qu’elle veut exécuter, et je lui prépare la couleur correspondante. Nous avons tissé de véritables liens, c’est assez émouvant, et je regrette déjà de devoir la quitter… » C’était pendant les vacances de Clara : tous les mardis, elle était là, fidèle au poste, un peu à l’écart de la grande table, puisque Bibi peint avec son pied. Le courant passait bien entre ces deux-là… Mais Clara a dû retourner en métropole…

Le regard de Jessica

Un peu plus loin, Jessica s’affaire auprès de Thierry. Un beau papillon aux ailes chamarrées apparaît peu à peu sur une toile, et c’est une belle œuvre à trois ou quatre mains qui se dessine : « Au foyer Reznik, l’expérience est vraiment enrichissante. Un peu impressionnée au début, je ne vois plus le temps passer. Le contact direct avec les gens est très motivant, ça "booste", et j’aime ça ! Je m’étonne de deux choses cependant : dans les antennes, la timidité des accueillis, mais aussi, le manque de bénévoles [...]. Il devrait y avoir plus de monde pour vous aider. Si la mère de l’une de mes amies n’était pas impliquée ici, peut-être n’aurais-je pas eu le réflexe de m’adresser au Secours Catholique, mais en tous cas, je me félicite a posteriori de cette démarche. Aucun prosélytisme, c’est ouvert à tous, et le fait qu’il s’agisse d’un service d’Église n’est pas du tout pesant. [...] C’est une découverte, et je trouve cela très rassurant. »

Le coup de cœur de Maryvonne

Avouons-le, abîmés, cassés, tordus au fond de leurs fauteuils roulants, les pensionnaires du foyer Reznik peuvent impressionner et la démarche, parfois, semble difficile si l’on souhaite aller à leur rencontre. Et pourtant, quels sourires quand ils nous accueillent, quelle reconnaissance dans le regard quand nous revenons la semaine suivante. À son corps défendant peut-être, et avec beaucoup d’émotion, Maryvonne est tombée sous le charme. Chaque semaine, elle prend en charge Michel, pour lui apprendre à lire et à écrire.

« Michel est porteur d’un vrai projet, précise-t-elle. Il veut apprendre à écrire, ce qui passe par un apprentissage parfait de la lecture, une maîtrise totale du texte, dans le but de suivre des cours pour bien se servir d’un ordinateur. Il s’est fixé trois mois pour s’en sortir tout seul et se lancer dans l’écriture. Quel challenge ! Il est doté d’une excellente mémoire et d’une motivation hallucinante ! Au début, impressionnée par cet univers, je ne voulais pas bouger, mais quand j’ai rencontré Michel et son grand sourire, j’ai craqué et je me suis dis : ma vieille, débrouille-toi, mais il faut absolument que tu viennes [...]. C’est énorme, très enrichissant. Face à ces personnes qui n’ont vraiment pas de chance, on prend vite des distances avec les petites choses dont on se faisait des montagnes. C’est vraiment extraordinaire ! Michel sait exactement ce qu’il veut et se fait des fiches qu’il révise quotidiennement. Il progresse énormément et, dans un autre domaine, moi aussi. Je n’aurais jamais imaginé cela. »

Au passage, Maryvonne a bien remarqué Bibi et admiré ses œuvres : « Bonjour Bibi, sais-tu écrire ton nom ? » Bien sûr, Bibi ne peut répondre mais, saisissant son pinceau en vitesse, commence à tracer laborieusement… « BRIGITE ». Accroupie sur le sol, Maryvonne fait un modèle pour le « T » qui n’est pas réussi, explique qu’il en faut deux, puis montre une couleur sur le tableau : « BLEU », dit-elle en traçant à son tour le mot en lettres capitales… Bibi saisi son pinceau. Levant les yeux vers Clara, Maryvonne affirme : « Bon, il faut que je m’organise, Bibi peut apprendre à lire et à écrire… » Hé, Hé ! Un coup de l’Esprit saint ou quoi ?

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