Délégationde Nouvelle-Calédonie

Une matinée ordinaire, un mardi, à l’antenne d’Auteuil

« Frappe à la porte et l’on t’ouvrira, demande et l’on te donnera »

Dans la grande bassine en plastique, les dossiers sont bien classés et, tout sourire derrière son petit bureau, Bernadette, responsable de l’équipe Secours Catholique d’Auteuil, reçoit : « Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de monde », affirme-t-elle ; cependant, en un défilé continu, chacun s’avance tour à tour, profitant d’un accueil toujours chaleureux...

Une matinée ordinaire, un mardi, à l'antenne d'Auteuil

Une dame se présente et plusieurs autres personnes attendent, assises sur des bancs. Certaines prennent un café pour patienter, des bénévoles trient et plient le linge sur de grandes tables, d’autres rangent les produits alimentaires qui viennent d’être livrés. « J’ai besoin d’un matelas… », « Je viens chercher à manger… ». L’étape du distributif, hélas, est encore indispensable…

Bernadette, depuis combien de temps es-tu bénévole au Secours Catholique ?

Oh ! je ne compte pas, et je ne sais plus vraiment. Déjà, il y a une quinzaine d’années, je venais aider en tant que membre de la Légion de Marie. Quand j’ai voulu faire évoluer mon travail à la paroisse, j’étais déjà très polyvalente et savais donc parfaitement ce qui m’attendait… C’est à la demande de l’ancienne responsable, Marie-Paule, que j’ai plongé dans le Secours Catholique… C’était demandé si gentiment… Nous sommes six à l’antenne et chacune a sa spécialité, soit au linge, soit à l’alimentation, en travaillant par binôme. Dans l’ordre d’arrivée, Pasilia est la plus ancienne bénévole, suivent ensuite Lucia, Malia, Kaieva, Pascaline et, depuis octobre dernier, Marianne, avec qui je partage l’accueil, bien souvent jusqu’à midi.

Quels sont les principaux problèmes à résoudre dans ce secteur de Dumbéa ?

Cela peut paraître très basique comme réponse, mais c’est la pauvreté des gens, tout simplement. Sur la périphérie de Nouméa, il existe une grande différence entre ceux qui ont la chance d’avoir un emploi salarié et ceux qui n’en ont pas. Ici, les gens viennent avant tout pour obtenir une aide alimentaire, puis une aide en matériel, bref, le strict nécessaire. Rien de bien extraordinaire, une table, des chaises, un matelas ou une armoire… Mais tout est devenu si cher ! Un lit pour une personne âgée, ce n’est pas du luxe, tout de même, et combien dorment encore par terre, avec les difficultés que l’on devine pour se coucher et se lever ? Les accueillis sont de toutes les générations, des jeunes, des adultes, des mamans isolées… Nous sommes là pour eux. Quelque part on a dit : « Frappez à la porte et l’on vous ouvrira, demandez et l’on vous donnera… » Avant tout autre projet, c’est l’essentiel de notre travail sur le terrain. Malheureusement, pour beaucoup, c’est l’urgence qui prime et nous devons répondre « présent ».

La formation des responsables d’antenne fut-elle pour toi un atout supplémentaire ?

Compte tenu du contact que nous avons ici avec les gens, nous n’avons pas le droit de montrer que parfois, pour nous aussi, cela ne va pas, que la vie est difficile… En effet, je dois toujours rester positive, à l’écoute du malheur des autres, en oubliant les miens. C’est bon pour eux, mais le bon Dieu fait bien les choses, c’est bon pour moi aussi…. Il faut se montrer fort pour rassurer les accueillis, et c’est cette formation qui m’en a fait prendre conscience. Nous avons échangé, partagé des expériences et fait des exercices souvent amusants, qui m’ont ouvert les yeux sur ce point précis. Se donner aux gens, leur apporter un plus par l’écoute et le dialogue, c’est une grande partie du travail. Le distributif exige logistique et organisation, mais il faut éviter la routine pour aller au-delà. Ainsi dans l’équipe, chacun à sa manière va dans ce sens, et donne tout ce qu’il peut.

Que pourrait-on donner de plus ?

Oh ! Jef [Jean-François Kerrand], les accueillis, si on pouvait leur donner du travail ! En tous cas, même s’ils sont découragés, fatigués de pointer au SEF [Service emploi formation], notre devoir consiste à insister, à les encourager pour qu’ils y retournent. Aux jeunes, nous disons d’aller à la MIJ [Mission d’insertion des jeunes]. Nous pouvons diriger et conseiller vers l’assistante sociale, vers le CCAS [Centre communal d’action sociale]… Quitte à se répéter, soutenir le moral des gens, leur donner du courage. Et puis, il y a notre petit projet que je compte lancer en 2009...

De quoi s’agit-il ?

J’aimerais acheter avec nos petits sous, et avec l’aide de la délégation, de quoi fabriquer des draps, car c’est une demande fréquente que le Centre d’approvisionnement ne peut honorer en continu. Du tissu bon marché tel celui que l’on utilise pour les coutumes des bandes à coudre ensemble – deux pour un lit une place, trois pour un lit deux places. C’est simple à faire, ce ne serait pas trop cher et la demande est forte. Nous ouvririons alors une deuxième matinée dans la semaine exclusivement consacrée à cette activité, propre également à l’écoute, au dialogue et à la bonne humeur… Une sorte de « Groupe d’accueil convivial », tel qu’il en existe en métropole. Trouve-moi une machine à coudre, Jef, j’aimerais lancer le projet après les vacances !

Un souhait particulier ?

Oh ! oui, mais c’est du domaine de l’improbable : quand des gens sans travail viennent me voir, si j’avais une société, comme j’aimerais les embaucher tous ! Plus sérieusement, j’espère rester patiente – c’est parfois difficile –, et avoir toujours toutes les réponses à toutes les questions que l’on me pose… On peut rêver un peu ! Mais tu sais, ma récompense, c’est quand on donne au gens ce qui leur fait cruellement défaut… À ce moment-là, leur joie devient la mienne, c’est le bonheur !

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